Skender Hyseni textes

sur l'œuvre de Skender Hyseni - par Zenel Laci, 2012 (english translation below)

Les compositions sur papier de Skender Hyseni sont le résultat éclatant d’un long processus intime dans lequel domine le geste sculptural qui procède d’une profonde réflexion sur la nature du rapport entre lumière et volume.

Dessins à l’acrylique et à l’encre de Chine, les grands formats et leurs abstractions calligraphiques utilisées dans une gamme chromatique, où contrastent le noir et le blanc, renvoient à un réaménagement métaphysique qui puise dans la profondeur essentielle de toute l’œuvre de l’artiste.

En effet, Skender Hyseni privilégie les formes et les masses non-figuratives qu’il fait exister en emboîtement formel afin de représenter le monde tel qu’il lui apparaît.

Les œuvres dévoilent des assemblages compacts et massifs, coupés en tronçons anguleux, d’où jaillissent, par endroits, des courbes aux équilibres précaires qui orientent le mouvement infini des volumes suspendus dans le temps.

Ces volumes, magistraux de densité, se construisent par superposition savamment orchestrée; ils prennent naissance dans le noir avant de s’en affranchir et s'orner de nuances basaltiques d’une puissante tension métallique.

Un mimétisme saisissant capte le regard, mêlant à la célébration des masses un équilibre des formes érigé dans la dynamique des structures, en coupe nette et éthérée, qui relève d’un geste maîtrisé où se reflète une tension qui fige l’espace.

Les puissantes compositions forment la trame d’une variation entre masse et volume en "une libre association" qui emprunte à la sculpture et se compose d’une succession de traits verticaux ou horizontaux imprimant une harmonie aux assemblages noirs qui naissent par contraste dans la transparence des gris zingués et la clarté des blancs lumineux. 

Les œuvres sur papier sont toutes dominées par des formes monumentales qui s’avèrent l’abstraction d’une réalité figurative que l’artiste porte en lui depuis toujours.

Dès lors, les compositions pures et leur charge poétique que dégagent les traits noyés de noir, irréductibles de profondeur, mènent à un lyrisme des plus violents qui exalte l'émotion d’une vision du monde à l'austère beauté.

 
   

English translation:

Skender Hyseni's compositions on paper are the dazzling result of a long, intimate process dominated by a sculptural impulse, which comes from a deep reflection on the nature of the relation between light and volume.

Drawings in acrylics and China ink, the large formats and their abstract calligraphy in a chromatic range from black to white, evoke a metaphysical readjustment that draws on the essential depths of the artist's complete work.
Indeed, Skender Hyseni privileges non-figurative forms and masses, which he places in a formal conjunction representing the world as it appears to him.

The works consist of compact and solid assemblies cut in angular sections, from which emerge, in places, curved shapes with a precarious equilibrium orienting the infinite movement of volumes suspended in time.
These volumes of masterful density are built up through a wisely orchestrated process of superimposition; they are born in the darkness before freeing themselves and taking on basaltic nuances of a powerful metallic tension.

A striking mimicry captures the attention, adding to the celebration of the masses a balance of forms erected in the dynamic of the structures, in a clean ethereal design deriving from controlled gestures and reflecting a tension that immobilizes space.
The powerful compositions form a pattern of variations between mass and volume in "free association" which borrows from sculpture. They consist of a succession of vertical or horizontal strokes imposing harmony on the black assemblies which emerge in contrast from the transparency of zinc grey and the clarity of luminous white.

All the works on paper are dominated by monumental forms, giving abstract testimony to a figurative reality that the artist has always carried inside himself.
From there the pure compositions with their poetic power released in brush strokes drowned in black, of unfathomable depth, lead to a passionate lyricism that magnifies the emotional impact of a vision of a world of austere beauty.

 
   

Texte autobiographique - Skender Hyseni

Quand j’avais 6 ans, je vivais avec mes grands parents maternels dans un petit village qui s’appelait Micoj dans le Nord de l’Albanie. La région était entourée de forêts. A l’époque, je demandais à ma grand-mère, deux fois par semaine, 20 leks (ce qui aujourd’hui doit valoir 20 cents).
J’utilisais 10 leks pour acheter deux crayons bicolores (d’un côté bleu et de l’autre rouge). Tous ceux de mon âge doivent s’en doute s’en rappeler. Avec le reste de l’argent, j’achetais une lame de rasoir pour tailler mes crayons.
J’avais découvert par hasard, dans un vieux buffet, un bloc-notes qui devait appartenir à ma mère. Il était couvert de lignes horizontales et verticales qui formaient des rectangles.
A l’aide de mes deux crayons, je coloriais tous ces rectangles en rouge et bleu de telle manière que ceux-ci fassent apparaître des formes géométriques carrées, triangulaires et biens d’autres compositions.

J’ai vécu plus tard à Fushe-Arrez, une petite ville, qui se situait  à environ 3 km du village de mes grands parents. Devant ma nouvelle maison, il y avait une grande scierie. Chaque jour de gros camions déchargeaient d’énormes troncs d’arbres qui occupaient une étendue de plusieurs hectares.
Je restais des heures à la fenêtre à observer le traitement du bois. Au fil des jours, sortait de la scierie, des planches équarries qui formaient de grandes piles dont la largeur et la hauteur atteignaient la dimension impressionnante d’un immeuble de 6 ou 7 étages.

Je me souviens aussi qu’il y avait deux long ruisseaux qui serpentait dans la province où j’ai grandi et vécu.

Je n’oublierais jamais l’émotion de ce petit garçon, que j’étais, quand il  coloriait des petits rectangles.